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Photographie - Azov Horizons par Patrick Wack

  • il y a 13 heures
  • 3 min de lecture

Avec Azov Horizons, le photographe Patrick Wack construit une série photographique documentaire déployée au fil de retours estivaux entre 2019 et 2024, sur les rives de la mer d’Azov, entre l’Ukraine et la Russie. Un territoire où les tensions s’installent depuis plusieurs années, de l’annexion de la Crimée au conflit dans le Donbass, jusqu’à la guerre ouverte en 2022. La série s’inscrit dans cette durée, sans chercher à en livrer une lecture frontale.

Très vite, ce sont les présences humaines qui retiennent l’attention. Des scènes d’été, des moments de pause, de repos, où les corps se relâchent, où se laissent voir des moments de partage et d’intimité. Ces images font d'emblée apparaître une forme de vulnérabilité, liée à ces instants où rien n’est sur le qui-vive. Les liens de filiation reviennent souvent, parents, enfants, proches. Ils installent une proximité immédiate, quelque chose de familier, dans lequel il est facile de se projeter.

La couleur joue beaucoup dans cette perception. Des teintes pastel, rosées, bleutées, parfois plus chaudes en fin de journée. La mer d’Azov capte cette lumière, la diffuse, et installe une douceur qui traverse la série. Elle apparaît régulièrement, comme un horizon qui relie les images entre elles, tout en participant à cette atmosphère enveloppante.


Sans les légendes, les images ne se laissent pas situer immédiatement. Ukraine ou Russie. Des indices apparaissent, un drapeau, une architecture, un détail, et permettent peu à peu de comprendre où l’on se trouve. Ce flottement déplace le regard : il invite à rester plus longtemps dans chaque image, à lire autrement ce qui s’y joue.


Il y a ce front de mer à Berdiansk en Ukraine, ouvert et lumineux. Une image dont la portée change dès lors que l’on sait la ville occupée depuis février 2022 par les forces russes. Près de la ville de Taganrog, en Russie, deux jeunes enfants se tiennent debout sur un char dans un musée d’histoire militaire de Sambek. La scène évoque un espace de jeu, et crée un certain malaise, en décalage avec ce que l’on sait du contexte global. À Odessa, la cathédrale de la Transfiguration apparaît en gros plan, marquée par un impact qui entaille la pierre. À Mykolaïv, une agricultrice tente d’éteindre un incendie provoqué par les débris d’un missile russe abattu au-dessus de la région. D’une image à l’autre, quelque chose se déplace, sans rupture nette, mais avec une tension qui s’installe.


Dans cet ensemble, la série déploie une vision sensible et poétique d’une actualité qui traverse aujourd’hui ces territoires. Ce qui frappe tient autant à la douceur des images qu’à ce qu’elles contiennent en creux. Une humanité très présente, à laquelle il est facile de s’identifier, et qui rend d’autant plus palpable ce qui se joue hors champ. Car en filigrane, on sait que ces vies sont déjà traversées, et parfois bouleversées, par des événements dont les images ne montrent que des traces indirectes. C’est dans cet écart que la série prend sa force, entre ce qui se donne à voir et ce qui demeure en suspens.


Cette évolution apparaît nettement dans l’édition du livre. Les premières images s’ouvrent sur les rivages, la lumière, les espaces. Peu à peu, le regard se rapproche, les scènes se resserrent autour des personnes, dans les terres, dans des espaces plus intérieurs, tout en gardant la mer d’Azov comme ligne de fond.


La série s’inscrit dans une approche de road photography, faite de déplacements, de retours, d’errance. Un travail qui se construit dans le temps, au fil des séjours, en laissant apparaître des transformations plutôt qu’en les affirmant.


Azov Horizons constitue une première étape de ce travail au long cours. Patrick Wack continue de revenir sur ces territoires, d’en suivre les évolutions, et de prolonger ce récit, image après image.


Patrick Wack est un photographe documentaire français. Autodidacte, il a vécu et travaillé à Shanghai, Berlin puis Moscou, développant des projets au long cours autour des mutations géopolitiques et sociales contemporaines. Son travail, mêlant approche documentaire et écriture sensible, a notamment été publié dans de nombreux médias internationaux et exposé aux Rencontres d’Arles en 2025 avec la série Azov Horizons.


La série est à découvrir jusqu’au 30 avril 2026 dans le cadre du festival Itinéraire des Photographes Voyageurs à Bordeaux.






Photos © Patrick Wack

Texte : Elise Beltramini


Découvrir le travail de Patrick Wack



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