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Arts graphiques - Portrait d'Objet Papier

À travers ses publications multi-formats, la maison de micro-édition Objet Papier collectionne des instants du quotidien et interroge les liens existants entre objet physique et monde du numérique.


Influencé par la musique underground des années 1990, l’univers Web pré 2.0 et le design graphique, Objet papier, "label de micro-édition" basé à Montreuil, s’affranchit de l’édition papier traditionnelle et propose une ligne éditoriale singulière. Expérimentations, partages de compétences et apprentissages de nouvelles techniques forment un collectif disparate animé par une démarche commune : l’édition spontanée et à petite échelle de fanzines, micro et petites éditions, sérigraphies, gravures, illustrations diverses et variées à explorer dans ce monde qu'est la micro-édition.


Ici, il ne s’agit pas d’opposer mais de souligner les possibilités, d'imaginer ce que les techniques numériques et physiques peuvent mutuellement s’apporter, que ce soit par le propos, le format ou l’outil utilisé. Risographie, reliure japonaise ou sérigraphie, chaque publication est l'occasion de parcourir de nouvelles formes d'impression, de reliure ou de façonnage. Ancrées dans une imagerie du quotidien non dénuée d'humour, les réflexions artistiques quant à elles, questionnent les formes établies, expérimentent et font émerger un nouveau rapport au temps et à la mémoire. Le tangible devient un concept pour à nouveau se matérialiser dans une collection de photographies à rassembler, imprimer et archiver afin de ne pas oublier.


À contre-courant de l’uniformisation des procédés et des idées, rencontre avec Ronan Deshaies, co-fondateur de cette aventure collective, qui voit dans la programmation de salons dédiés, tels que le ZINFEST à Bordeaux ou l’Université d’été du fanzine à Poitiers, la possibilité de se constituer un réseau et de rendre visibles ces pratiques alternatives.


Juliette Bernachot et Ronan Deshaies, ZINFEST, juillet 2023, Bordeaux



Peux-tu nous présenter la naissance de votre maison de micro-édition Objet Papier ?


Bonjour, merci pour l’invitation. Objet Papier est né en 2016, d’abord sous la forme d’un fanzine éponyme. Lorsque j’ai publié ce premier travail, je ne pensais pas à la suite. En fait, c’était plutôt une manière de conclure un projet de magazine mort-né. Finalement, ça a été l’introduction d’une belle aventure, qui se poursuit toujours. J’ai vite été rejoint par Morgane Bartoli, avec qui nous avons défini notre ligne éditoriale, puis par Corentin Moussard et Juliette Bernachot, qui ont contribué à en faire un vrai projet durable.

Quel est le type de votre structure et comment fonctionne-t-elle ?


Nous nous définissons comme un label de micro-édition car assez loin du fonctionnement des maisons d’édition traditionnelles, mais plus proche d’un label de musique. Plus formellement, il s’agit d’une association loi 1901. Chaque projet soutient financièrement le suivant, sans aucun but lucratif. Nous pouvons nous permettre ce luxe car Objet Papier est une récréation dans nos vies professionnelles respectives.



Corentin Moussard, Morgane Bartoli, Juliette Bernachot, Ronan Deshaies, Souvenirs photographiques du monde réel, 2021



Comment s’affranchit-elle de l’édition papier traditionnelle et pour quelles intentions voulues ?


Notre idée est de créer des ponts entre physique et numérique, livre et informatique. Chaque publication confronte les deux univers, que ce soit en terme de propos, d’outil utilisé, de format, de philosophie… Cette démarche nous paraît naturelle car, bien que non natifs du monde Internet, nous avons largement grandi avec. Notre culture est donc fortement influencée par celui-ci, même si nous appartenons aussi à la chaîne graphique, l’industrie de l’imprimé, pour le dire grossièrement.

L’objet physique synonyme de transmission et de mémoire est au coeur de votre démarche, en parallèle, quelle relation établit-il avec le monde du numérique ?


Oui, la plupart de nos travaux portent en leur sein la question de la pérennité et du conflit entre numérique et physique sur ce point. Le livre est traditionnellement vu comme le médium le plus proche de l’éternité. Paradoxalement, la société se numérise de plus en plus en plus, craignant la fragilité des objets physiques. Bien qu’aucune de ces deux solutions n’ai réellement prouvé sa supériorité, chacune sont défendues par des camps opposés. Notre travail vise à interroger ce schisme presque civilisationnel.


Joséphine Brueder, Oups, nous avons rencontré une erreur, veuillez réessayer ultérieurement, 2023



Parmi les créations graphiques proposées, la photographie est très présente dans vos ouvrages, peux-tu nous en dire plus sur le choix de ce médium ?


Dans la logique de notre ligne éditoriale, la photographie est un médium clé, qui fait le pont entre les époques, profondément bouleversé par l’avénement du numérique et pourtant toujours très lié à son histoire physique, et même chimique. Scanner un tirage d’une photo argentique, pour ensuite la traiter numériquement : voilà peut-être le geste qui illustre le mieux le croisement des deux mondes !


Dans votre projet collection.collection, on découvre des instants du quotidien aux intitulés cocasses. Par ce regard, quels sujets souhaitez-vous aborder ?


Évidemment, la photo est extrêmement liée à la question de pérennité, et notamment les images de smartphone. Nous constituons des collections de fichiers relatifs à notre vie de tous les jours puis nous les stockons sur des disques durs. Revisiter ces images après coup décontextualise complètement des instants pourtant communs. Notre idée était de questionner à la fois l’environnement du quotidien de chacun et la manière dont nous utilisons la photo de smartphone comme une banque de souvenirs. Le coffret collection.collection qui compile les 12 numéros est un genre de kaléidoscope étrangement banal.



Sarah Saulnier de Praingy, Nos voisin·e·s sont des artistes contemporain·e·s qui s’ignorent, 2022


Juliette Bernachot, J’ai pas de chatte, mon mec est allergique, 2022

Votre intitulé « Label de micro-édition » est un clin d’oeil à l’industrie musicale, quelles sont les influences de votre collectif ?


Surtout le post-punk et la techno. Factory Records, notamment pour la structure d’archivage de tous leurs biens, mais aussi le design graphique de Peter Saville. Basic Channel et tout ce qui gravite autour d’Hardwax aussi. Plus récemment, PC Music et tous ses enfants nous ont également beaucoup influencé.


Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite ?


Comme je le disais, nous dévoilons ces jours-ci, 5 exemplaires du coffret collection.collection qui clôture ce projet. Nous allons aussi tenter de publier un zine surprise avant la fin de l’année. Vous pouvez nous souhaiter du courage pour les deux gros projets prévus pour 2024, dont l’un est une collaboration avec Antoine Lefebvre Éditions, et nous inviter à vos événements si vous en organisez !



Propos recueillis par Élise Beltramini

 

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