Photographie - Après les cigognes par Vanessa Kuzay
- 13 avr.
- 2 min de lecture
Dès les premières images, la série installe une histoire qui ne se donne jamais complètement. Elle part d’une absence très concrète, celle d’une grand-mère paternelle polonaise que la photographe Vanessa Kuzay n’a pas connue. Peu de traces, peu d’images, seulement un point de départ fragile à partir duquel elle engage un voyage en Pologne, non pour retrouver des lieux précis mais pour projeter une mémoire possible dans des espaces, des intérieurs et des paysages.
Ce point de départ engage aussi une autre histoire. Celle de sa relation à son fils. L’enfant est présent dans la série comme une figure centrale du voyage. Il n’est pas seulement un sujet photographié. Il accompagne le regard, il devient une manière de rejouer autrement la question des origines et de la transmission. Il apparaît dans des situations simples, prises dans des espaces du quotidien. Une chambre traversée par une lumière claire. Un puzzle qu’il assemble. Ces gestes ordinaires deviennent des points d’appui, des moments où quelque chose circule sans être nommé. Autour de lui, les espaces portent des signes du temps. Rien n’est spectaculaire, mais tout semble chargé d’une mémoire diffuse.
Les paysages prolongent ce mouvement. De grands arbres présents d’un décor à l’autre, une eau claire traversée d’écume blanche. Ces éléments introduisent un autre rythme, une énergie vitale où la nature répond aux scènes intérieures. On peut y lire une forme de continuité entre différents états du temps, entre ce qui relève du passé et ce qui demeure vivant.
Dans ce déplacement, quelque chose se modifie. La photographe elle même le dit. Le lien à son fils, d’abord difficile, s’est transformé au fil du travail et du voyage. La série devient le lieu de cette évolution silencieuse, où la maternité se rejoue autrement, à partir d’un récit qui n’était pas donné au départ.
Dans ce mouvement, la question de la transmission traverse l’ensemble. Elle ne repose pas sur une seule histoire familiale, mais sur plusieurs lignes qui se croisent, celle d’une grand mère absente, celle d’un fils présent, celle d’un voyage qui reconfigure les liens et les regards. Rien n’est hiérarchisé entre ces dimensions, elles coexistent dans un même espace de recherche. Les images ne cherchent pas à combler une absence. Elles la traversent, elles l’acceptent, et c’est dans cette circulation que la série trouve sa justesse.
Née en 1984 dans le sud de la France, Vanessa Kuzay développe très tôt un intérêt pour les albums de famille et les récits qu’ils suggèrent. Après des études en économie et en sciences politiques, elle travaille dans les relations internationales avant de se tourner vers le cinéma et l’audiovisuel. Elle se forme parallèlement à la photographie, fonde plusieurs collectifs à Marseille et développe une pratique centrée sur la mémoire, les récits intimes et les lieux traversés par le temps.
La série Après les cigognes de la photographe Vanessa Kuzay est à découvrir jusqu’au 30 avril 2026 dans le cadre du festival Itinéraire des Photographes Voyageurs à Bordeaux. Une exposition est prévue à Marseille chez Maupetit Côté Galerie du 25 juin au 29 août 2026. Un projet de livre est actuellement en cours de publication aux Éditions Revolues.
Photos © Vanessa Kuzay
Texte : Elise Beltramini
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